Pourquoi le 1er job est-il si important dans l’IT ?

Carrière, Candidat, Client final

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  • Auteur Sylvain Lareyre

Si vous êtes bientôt jeune diplômé en informatique, vous devez surement déjà être harcelé sur Linkedin. Dans ce secteur et avec les « bons » diplômes, nul besoin de se mettre en recherche, ce sont les recruteurs qui viennent à vous ! Les candidats pensent alors souvent à tort avoir le « choix » et faire le bon. Vraiment ? Car c’est un choix crucial pour sa carrière…

Vous devez savoir que plus le métier est technique et plus le 1er poste conditionne le parcours et la carrière d’un jeune diplômé.

L’informatique (développement, infrastructure, MOA…) est donc en 1ère ligne, mais pourquoi ?


L’employabilité

Je ne vais vous embêter très longtemps avec des définitions mais ce mot est crucial dans la conduite d’une carrière.

Selon le Ministère français chargé de l’emploi, l’employabilité est « la capacité d'évoluer de façon autonome à l'intérieur du marché du travail, de façon à réaliser, de manière durable, par l'emploi, le potentiel qu'on a en soi… L'employabilité d »épend des connaissances, des qualifications et des comportements qu'on a, de la façon dont on s'en sert et dont on les présente à l'employeur ». Source Wikipédia.

 Dit de façon plus simple, l’employabilité ce sont les compétences qui vous permettent d’être un bon ou un moins bon candidat si vous êtes en recherche d’un nouveau job. Elle conditionne donc en partie votre salaire à la hausse ou à la baisse ;)


La spécialisation

Ce qui compte dans la carrière d’un développeur, avant même de parler de responsabilités, c’est sa spécialisation. Aujourd’hui, elle se fait de plus en plus tôt !

Moi-même j’ai été développeur avant de faire du recrutement. A mon époque (il y a 10 ans, #vieux), on pouvait faire un stage de fin d’études dans un domaine et en changer facilement par la suite. Ce n’est malheureusement plus le cas aujourd’hui, les jeunes sont (très) vite étiquetés par les entreprises.

Les passerelles ne sont pas forcément évidentes, notamment en direction de la technique. Par exemple, difficile de faire du développement web après 2 ans dans le test fonctionnel… L’inverse est par contre beaucoup plus facilement réalisable !

Les technologies, langages et environnements de travail jouent beaucoup évidemment. Un développeur web Java/JEE se verra fermé les portes assez rapidement sur du développement mobile.

Le choix de techno « à jour » sans être forcément à la pointe est hyper important. Faire du développement mobile hybride type Cordova/Ionic n’est plus forcément à la mode… Si vous avez envie de faire du ReactNative le chemin sera plus compliqué. Il faudra justifier d’une veille poussée et de projets personnels dessus…

Le monde de la Recherche n’est pas forcément apprécié des employeurs, à tort souvent. La caricature du chercheur déconnecté de la réalité et les clichés sont vivaces : mauvaise gestion de projet, peu travailleur, technos/outils anciens, trop éloigné du client/produit et j’en passe…

La non-spécialisation est aussi une spécialisation ! ;) Etre touche à tout et avoir plusieurs cordes à son arc peut sembler positif pour son employabilité, mais pas forcément… Vous allez être catalogué comme « instable » : le futur employeur aura peur que vous changiez rapidement si vous êtes trop enfermé sur une techno spécifique au projet.


Pour ne pas se retrouver catalogué et rangé dans une boite qui ne vous correspond pas ou plus, voici quelques éléments pour vous aider à faire le bon choix au début :)


Ne pas toujours écouter les écoles

Je parle souvent de cette anecdote à mes candidats car elle m’a véritablement marqué. Les choses ont changé depuis mais lors de ma dernière année de Master, lors de la réunion de rentrée, les professeurs nous ont martelés que nous devions être chef de projet à la sortie de notre diplôme. Sur la 30aine d’étudiants, seul 1 a été chef de projet car il était déjà en poste et avait besoin de ce diplôme pour changer de statut…

Et c’est la même chose pour l’architecture logicielle ! Les professeurs demandent à faire de l’ « architecture » dans le stage ou l’alternance de fin d’étude car c’est la « spécialité » du diplôme.

Il vous faudra faire vos preuves en commençant en bas avant de prétendre à des responsabilités !

Les écoles ont un prestige à maintenir et ne sont pas forcément au fait de la réalité du marché du travail…


Posez-vous les bonnes questions !

Ce qui compte pour votre carrière et donc votre premier job, c’est ce que vous avez envie de faire !

Sans tomber dans la question RH classique « Où serez-vous dans 5 ans », vous avez forcément déjà une idée de ce qui vous passionne. Vos projets scolaires et stages/alternances ont normalement déjà dû vous aiguiller. Si ce n’est pas le cas, il vous reste encore quelques semaines d’ici votre diplôme pour avoir des projets perso ;)

Prenez le temps de vous poser ces quelques questions basiques mais ô combien importantes :

  • Quels métiers vous intéressent ? Développeur, analyste fonctionnel, admin système…
  • Quelles compétences vous intéressent ? Technos, front/back, méthodologie de projets…
  • Quel est votre projet professionnel ? Evolution dans l’expertise technique (architecture) ou le management (chef de projets)…
  • Quel type d’employeur avez-vous envie de rejoindre ? Startup, éditeur, PME, groupe réputé…
  • Quels sont vos critères de recherche ? Mobilité, rémunération, environnement de travail, challenge…

Bonne réflexion et bon questionnement ;)


Faites attention aux SSII

Ayant basculé de développeur à chargé de recrutement en SSII/ESN/Société de services, et j’en connais très bien les travers, loin de moi dans ce billet l’idée de vouloir « basher » les SSII, ce n’est pas le sujet, car toutes ne se ressemblent pas.

Il faut cependant toujours être très méfiant vis-à-vis des discours tenus et la réalité derrière (société à taille humaine, évolution/formation/salaire, événements, changer de mission : bref, elles ne sont jamais comme les autres et tout est tout beau tout rose chez elles…).

Les RH/recruteurs sont prêts à tout pour que vous signiez (j’ai des dossiers longs comme le bras). Posez des questions précises et demandez à échanger avec une personne de l’équipe qui y travaille pour plus de détails.

Si vous rejoigniez une SSII avec une embauche sur profil, la société fait le « pari » qu’elle aura des projets à vous proposer dans ce que vous aimez à votre arrivée. On va vous vendre des exemples de projets ou de clients, mais absolument rien n’est sûr ! Plusieurs cas se dessinent à votre arrivée :

  • Vous avez des compétences et voulez travailler sur des technos très demandées (Java/JEE par exemple), la SSII devrait vous trouver cela. Par contre, il ne faudra pas trop être exigeant sur le contenu exact. Même si vous préférez le back (le design c’est pas votre truc), vous pouvez vous retrouver sur un poste 70% front et 30% back…
  • Sans mission/projets qui vous correspondent (on appelle ça l’inter-contrat), vous devenez vite un centre de coût pour la société. Soit on met fin à la période d’essai au bout de quelques semaines, soit vous devez accepter une mission d’un intérêt moyen ou qui ne vous correspond pas. L’exemple typique est le développeur qui se retrouve à faire du test (ce que personne ne veut faire) ou à coder sur des technos obsolètes.

L’embauche sur profil est plus tranquille parce que l’on passe un été tranquille mais c’est jouer un peu à la roulette russe sur le poste qui vous attend.

Dans le cas d’une embauche sur mission, vous êtes normalement plus serein, vous savez là où vous allez aller, sauf que des fois, entre l’entretien et votre arrivée les choses ont pu changer. Je l’ai vécu personnellement : je devais arriver dans une équipe et finalement je me suis retrouvé dans une autre à faire des choses différentes (avec perte d’employabilité du fait des technos du projet) dans une autre équipe du département…

Soyez donc très vigilant. Ne vous retrouvez pas à faire du dev C++ alors que vous vouliez du dev mobile ReactNative, avec les conséquences que cela implique sur votre carrière future…


Ne pas se focaliser sur le salaire

Le salaire est forcément l’un des critères principaux mais il ne fait pas tout. Vous le savez forcément mais quand on est sollicité de tout bord, difficile de garder la tête froide et de ne pas faire jouer les salaires.

Dans l’informatique, les SSII payent « mieux » en général en début de carrière. Pourquoi rejoindre une startup dans ce cas ? Un tien vaut mieux que deux tu l’auras… Et bien parce qu’il faut regarder la globalité de l’offre et des possibilités pour vous !

Le poste idéal n’existe pas mais en général plus le salaire est élevé plus il doit y avoir de désavantages. En SSII, les possibilités de prendre des responsabilités ou de travailler sur des sujets intéressants sont plus faibles : ces postes/projets sont pour les internes du client, pas pour les prestataires.

Mieux vaut accepter de partir un peu plus bas pour avoir un potentiel d’évolution plus important. Le court terme ne doit pas piloter le long terme.


Signez au bon moment

Ne vous laissez pas séduire trop rapidement : vous avez le temps car vous êtes en position de force ! Et c’est bien pour cela que les sociétés, notamment les SSII, vont vous mettre la pression. Une fois le contrat signé, il y a peu de chance que vous renonciez, même si vous vous pouvez avoir mieux. On va en reparler un peu plus bas ;)

Il n’y a pas de bon ou mouvais moment pour faire son choix. Avant fin juillet c’est très surement une embauche sur profil dans une SSII. Vous passez donc à côté des « clients finaux », notamment startup, PME et éditeurs qui n’ont pas autant de visibilité et ne veulent pas prendre de risque pour elles et aussi pour vous…

Cela induira certes un peu plus de stress. C’est normal mais vous avez réellement peu de souci à vous faire : vous trouverez forcément, le secteur est pénurique. Sauf si vous êtes vraiment trop exigeant ;)

De plus, même si je ne le recommande pas, rien ne vous empêche de prendre un poste par défaut dans une SSII en attendant de trouver mieux. Quitte à se désengager par la suite. C’est une méthode de plus en plus pratiquée, mais restez correct. Il n’y a pas de honte à trouver mieux. On parle de votre avenir là ! 


N’oubliez pas les clients finaux !

Bien sûr je ne pouvais pas terminer sans parler du marché caché de l’emploi IT : les startups, éditeurs et PME locales. Ils n’ont pas les moyens des grands groupes et des SSII : pas de chargés de recrutement qui contactent en masse sur Linkedin toutes les promos d’ingénieurs 6 mois avant la fin de leurs études…

Vous pourrez y trouver un job polyvalent car en général plus la société est grosse plus les taches sont compartimentées. En effet, si vous êtes développeur, vos taches ne se limiteront pas qu’au code : vous travaillerez plus facilement sur toutes les phases du projet, des specs au déploiement. Sans compter que vous aurez plus d’autonomie et pourrez plus facilement être force de propositions par rapport à de grands projets aseptisés où tout est figé. Votre employabilité n’en sera que meilleure ;)

Du côté du potentiel d’évolution, il est bien meilleur qu’en SSII. Rappelez-vous, le chef c’est le client, pas le presta. C’est le mérite qui compte pour un client final : si vous êtes bon, vous évoluerez forcément en salaire et responsabilités.

Est-ce donc ici que vous pourriez trouver le bon job, celui qui fera décoller votre carrière ? Pour moi je le pense sincèrement. Les SSII survendent le changement de mission, pour apprendre plus, auprès des juniors. Sachez que tout se fera pour vous en dissuader en réalité car elles n’ont aucun intérêt à le faire, c’est un manque à gagner et un risque pour elles. Quand de l’argent est en jeux, les grands principes tombent…


Pour conclure, bien sûr que le 1er job conditionne la suite de votre carrière, d’autant plus dans l’informatique. Faire les mauvais choix peut s’avérer désastreux et vous faire passer du statut de « talent sur-chassé » à celui de « grand oublié ». La bonne décision se prend après réflexion, avec plusieurs cartes en main et pas uniquement sur le salaire. Le plus important restant de faire ce que l’on aime :)



Nos opportunités sont ici et je suis preneur de vos critiques, constructives bien sûr :)